Avec ou sans mors : qu’en disent Hercule et Daim ?




Il y a quelques semaines, une étude du Dr Cook avait été publiée  : plusieurs dizaines de chevaux ont été testés afin de mesurer les signaux négatifs émis lors d’une monte en mors, puis d’une monté sans mors. L’étude avait démontré une réduction de ces signaux > 70% !. J’ai donc lu l’étude et le protocole, et quelques aspects m’ont un peu gênée (quid de l’éducation du cavalier, sa main ? par ailleurs, des chevaux de l’étude étaient en pelham, ce qui n’aidait certainement pas à respecter l’intégrité de la bouche du cheval). Bref, l’étude ayant consisté à « compter » des signaux, je me suis dit que cela était finalement assez facilement reproductible par tout un chacun.

Signaux à prendre en compte

L’étude a considéré une cinquantaine de signaux, répartis sous différentes catégories :

  • « appréhension/peur » : encolure rigide, pas de contrôle, au dessus du mors, museaux pincés, secoue la tete, pas concentré
  • N’aime pas son mors (grince des dents, mâchouillement, agitation de la bouche…)
  • Papillonne
  • « Se bat » : entêtement, problèmes de direction, foulées sacadées, ne veut pas reculer, fouaillement de la queue, eternue, baille, n’apprend pas, sur les épaules, non coopératif, ne reste pas arrêté, s’appuie sur le mors, encolure à l’envers, n’aime pas le vent/pluie/soleil, baisse la tête, ne tient pas son trot/galop, problèmes au montoir, pas de courage, dort, trébuche
  • « Se fige » : cherche à enlever son mors, derrière le mors, salive de façon excessive, rue, fainéant, regarde l’écurie, gigote, pas aimable, œil anxieux, oreilles pincées, bouche ouverte, ne veut pas changer de réaction, mord les autres chevaux, reculer, « ride autour des naseaux », machoire contractée, ne veut pas être attrapé, sudation excessive, hyperflexion, lèvre inférieure qui pend, ne coopère pas, tousse, problèmes de dos, …

J’ai donc décidé de prendre les mêmes critères, même si certains m’interrogent : en école de légèreté, nous cherchons à avoir une bouche mobile : elle va donc s’ouvrir, bouger, la langue se mobiliser (car elle le peut !), et certains signaux sont justement favorables dans certains contextes (je n’ai pas dit tous…), comme le baillement. Il y a un monde entre une mâchoire mobile et justement des machoires complètement contractées et un cheval qui passe au dessus de son mors… D’autres signaux me semble inadaptés, comme les problèmes de dos (s’ils n’étaient dus qu’au mors…), les soucis de sociabilité, le fait d’être sur les épaules ou avoir la lèvre inférieure pendante. Mais bon, au boulot !

Mal de dos, cheval sur les épaules, mal sociabilisé … : le mors est-il seul responsable ?

Mon protocole

J’ai donc demandé à 2 amies à pied d’observer et compter les signaux, pendant que je leur disais mon ressenti dans ma séance et en visuel « proche ». Comme dans l’étude, mes chevaux ont travaillé d’abord avec le mors (verdun double brisure Stübben, filet non fitté), puis sans (side-pull sur mesure, non fitté). Daim a fait une séance de travail à pied « classique » (pas, arrêt, reculer, pli, contre-pli ; nous étions également au tout début de notre travail en mors !), Hercule une détente montée aux 3 allures. Chaque session a duré 10 minutes.

Passif «mors» de mes chevaux :

  • Fortement négatif pour Hercule – présence de dents de loup jusqu’à ses 17 ans, pas de suivi dentaire, muserolle et enrennement ++, passage sans mors à ses 18 ans, travail en école de légèreté (mors) depuis 6 mois –
  • aucun pour Daim – introduction progressive du mors, éducation immédiate aux méthodes école de légèreté

Ce qui nous a donné (les signaux = 0 ne sont pas consignés), en étant assez rigoureux sur les éléments (une ride sur le nez = case cochée):

Nombre d’observations

Hercule, mors

Hercule, sans mors

Daim, mors

Daim, sans mors

Machouillements

4

2

4

4

Encolure rigide

1

1

 

 

Pas de contrôle

 

 

2

2

Au dessus du mors

1

 

 

 

Secoue la tete

 

 

1

 

Pas concentré

 

 

 

1

Papillonne

 

 

1

1

Fouaillement de la queue

2

2

 

2

« Fainéant »

3

 

 

1

Oreilles pincées

4

1

4

4

Baillement

 

 

2

 

Non coopératif

 

1

 

 

Sur les épaules

 

1

 

 

Appuie sur le mors

1

1

1

 

Ne reste pas arrêté

1

 

 

 

Ride des naseaux

 

 

1

 

Machoire contractée

2

 

 

 

Lèvre inférieure qui pend

 

3

 

1

Tousse

 

2

 

 

Total

19

15

16

16

Nombre de catégories

9

9

8

8

(promis, je n’ai pas fait exprès d’arriver aux mêmes chiffres ! )

Si je reprends l’étude, le nombre de type de signaux exprimés était de :

  • En mors, en moyenne, 5 à 51 (médian 23)
  • Sans mors, en moyenne 0 à 16 (moyenne 2)

Conclusion

Ce que j’en déduis par rapport à mes chevaux :

  • Même si en nombre de type de signaux Hercule semble plutôt iso en mors comme sans, en valeur le mors a un impact « négatif » plus important, i.e. oreilles pincées, machoires bloquées, machouillement (qui n’est pas un signal négatif à mes yeux car demandé… et donné seul ans mors !) : cela me semble plus que logique vu son passif et ses anticipations du mors. Je rajouterais tout de même que les signaux les plus négatifs à mes yeux (fouaillement par exemple) sont quasi à chaque fois dûs à une leçon de jambe de ma part pour le mettre en avant, il y a donc un vrai travail que je dois faire de progressivité de mes aides sur ce point
  • Daim, qui n’a pas ce passif… N’a du coup pas vraiment de comportement différent car n’a aucune appréhension. Je dirais même qu’à aujourd’hui, beaucoup de comportements liés au fait que c’est un jeune cheval ne seraient plus présents (papillonnement, manque de contrôle….). Il n’y a pas eu d’impact du pli et contre-pli, ni du reculer sur les comportements. J’ai toutefois relevé que les fouaillements n’ont eu lieu que lors d’une action sur le side (peut-être mal faite), et rien en mors.

Je ne considère pas au quotidien le bâillement comme un signal négatif de la part de Daim… vu les autres expressions faciales qu’il nous montre en même temps !

Evidemment, cette « mini-étude » ne reflète qu’un instant T, qui a vocation à évoluer dans tout les cas selon la période, l’environnement, le type de travail (Hercule aurait eu plus de signaux lors de 2 pistes par exemple !), l’évolution de leur et mon niveau. Je trouve malgré tout que cela reste un très bon exercice, dans la mesure où :

  • Cela peut confirmer/infirmer un ressenti (j’aurais cru qu’Hercule aurait eu des signaux négatifs en mors plus importants)
  • Cela attire notre attention sur des éléments que, normalement, nous connaissons (expression faciale, comportements négatifs…) mais que nous ne prenons pas forcément le temps de considérer (passer 10 minutes concentrée sur les rides de naseaux de Daim, ca demande un effort !)
  • Cela permet de prendre du recul sur des demandes au travail qui ne leur plaisent pas forcément (cf mise en avant avec Hercule)
  • Un rappel sur les signaux négatifs, que l’on soit en mors ou non, demeure important à partir du moment où nous cherchons un travail en coopération avec notre cheval

Bref, sans forcément aller jusqu’à pousser l’étude jusqu’à une comparaison avec prise de note, etc.. Prenons une séance de temps en temps pour vraiment les écouter, et chercher parmi des éléments qui nous semblent objectifs ce qui ressort.

(encore merci Marie-Hélène et Mélanie pour l’exercice, un peu embêtant certes, mais tellement formateur 😉 )

2 réflexions sur “Avec ou sans mors : qu’en disent Hercule et Daim ?

  1. Angélique dit :

    C’est la grande question actuelle.
    Du coup, je n’ai jamais mis de mors à mes chevaux. Ils n’ont même jamais connu un centre équestre, une carrière : rien. La nature et la liberté.
    Ça se passe très bien.
    Et ce sont des chevaux sortis d’un troupeau sauvage. Tout est possible 😉

    • Aglaé Jambart dit :

      Ah mais je n’en doute absolument pas ! 🙂 Et d’ailleurs j’adorais mes sorties en extérieur et en cordelette avec Hercule. Mais maintenant que je suis en région lilloise, très clairement je sors moins vu les routes et les automobilistes, et je ne me sens pas de sortir en cordelette ou en liberté (on garde ça pour la plage, s’il y a peu de monde…). Je ne pense pas que mes chevaux vivent le travail de façon négative, Daim met sa tete dans le licol alors que je gère son travail depuis qu’il est tout petit (et que cela a toujours été fait dans son sens).
      (Ps: Canon vos créations ! 🙂 )

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