Le repli virtuel et individuel




La présence de plus en plus forte du digital a remplacé les histoires et potins, bien physiques et « limités », du club le samedi (comme cela se voit également au sein de l’école, ou du milieu professionnel). En ayant d’un coup accès à une communauté exponentielle et d’horizon variés, les possibilités de joies et de peines sont décuplées. Nous nous exposons, et prenons aussi le risque d’un retour désagréable voire blessant sur nous. Et entraîne donc un repli sur soi, l’envie de se protéger en ne montrant plus une seule image de notre cheval ou de notre travail. Est-ce toutefois la solution ?

Je vois plusieurs travers possibles à terme, à ce comportement :

  • Manque d’ouverture d’esprit, enfermement sur ses valeurs (et ses stéréotypes) et son mode de pensée
  • Immobilisme et préférence de la pensée sur l’action
  • Mise en place de stratégie de défense
  • Réduction des possibilités de communication et d’apprentissage sur soi

De la même façon qu’une « gentrification » qui pourrait être géographique ou sociale, nous limitons notre monde équestre à ce qui nous ressemble. Et finissons par n’évoquer que les mêmes points de vue, confortés encore et encore.

Pourquoi diable nous emportons-nous ?

communication

Il y a quelques jours, en discutant des origines de Daim avec une éleveuse, cette dernière a indiqué qu’il ne « fallait pas prendre mal » les avis qu’elle allait me transmettre. Cela m’a semblé curieux, car finalement : elle est responsable de son avis, de ses préférences, de ses valeurs.

Parfois, l’usage d’un écran et les incompréhensions de que cela engendre peuvent entraîner soit un sentiment d’attaque sur soi, justifié ou non. Et bien souvent, sur des sujets qui chatouillent déjà notre personne… Alors au lieu de prendre la mouche, sur des propos qui ne sont que subjectifs, et dont nous ne sommes pas responsables (et ne pouvons même pas agir !), pourquoi ne pas agir sur ce sur ce que nous pouvons : nous-même ?

Retour vers une philosophie utile

Plus les années passent, et plus je retrouve une logique à l’utilisation d’une certaine pensée antique, stoïcienne ou épicurienne, par rapport à notre monde. Agir sur ce dont nous avons prise, accepter le reste :

« Ce qui dépend de nous, ce sont nos jugements, nos tendances, nos désirs, nos aversions, en un mot tout ce qui est opération de notre esprit ; ce qui ne dépend de pas de nous, c’est le corps, la fortune, les témoignages de considération, les charges publiques, en un mot tout ce qui n’est pas opération de notre âme. » (Manuel d’Épictète).

Que faire ?

Je suis particulièrement sensible sur la question du travail de Daim, à cause d’un manque de confiance (en mes compétences, ma légitimité vis-à-vis de lui). Il m’est arrivé plusieurs fois d’exploser suite à un commentaire qui n’avait que pour but d’apporter une aide. Pourtant, cela ne m’est jamais arrivé avec Hercule, alors que je reste la même humaine, avec les mêmes points forts/faibles, le même savoir/savoir-être…

En travaillant sur sa vision de soi, son acceptation de notre globalité (et cela inclut les faiblesses !), nous avons un vrai pouvoir dans notre communication avec les autres : celui d’entendre ce que l’on nous dit, de l’accepter ou non, tout en gardant une « colonne vertébrale intérieure » stable. En prenant couche par couche ce qui fait notre « moi », il y a possibilité de plus de bonheur et de bien-être.

Je peux entendre que l’on ne soit pas d’accord avec mes opinions en terme de gestion de mes chevaux, comme dans leur travail ou les outils que j’utilise. Etant à l’aise avec moi-même dans une partie de mes opinions, il est donc possible de discuter posément, d’accepter notre désaccord (comme un très bel article l’a mentionné récemment !) sans en souffrir automatiquement. Les opinions des gens ne sont toujours que relatif à un moment donné, à une information donnée. Comment pourrait-il en être autrement avec un vivant en perpétuel mouvement ?

Perspectives

Il est à ce moment là particulièrement important de poser ses propres limites, par respect pour soi et pour les autres. Ne pas tolérer des comportements simplement pour se sentir ouvert d’esprit (tiens, l’égo qui revient ?), ou pour vouloir absolument faire changer les gens d’avis (un beau syndrome du saveur). Simplement d’être à l’aise avec soi-même, ne pas aller au-delà de ce que l’on peut supporter (de soi et des autres). Nous n’avons jamais eu autant accès à la connaissance et à la palette d’opinions de l’être humain, il serait dommage de refuser tout de go suite à de mauvaises expériences ?

Et n’oublions jamais qu’en face de nous, se trouve un autre être humain sensible qui ne souhaite qu’une chose : pouvoir communiquer dans un cadre de bienveillance et de respect, tout comme nous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *